mercredi 8 février 2012

De là-haut la France est toute petite.

Air France est sous les projecteurs. Encore une grève ! En plus c'est la crise, les résultats sont très mauvais.
Les pilotes sont irresponsables. Ces privilégiés prennent les passagers en otage, ils vont faire couler la boîte. Comme les dockers à Marseille ou les syndicalistes de SeaFrance.

Un ministre et un député volent au secours des voyageurs. C'est bientôt les élections, eux aussi veulent garder leur boulot, il faut se faire un nom. Ils ont décidé que la priorité pour la France en ce moment, c'est le préavis de grève individuel et anticipé du personnel opérationnel de l'aérien. Quelle vision de l'avenir, un beau projet pour les générations futures. Mais ils veulent laisser une trace dans les livres d'histoire, le temps presse. Devant l'importance du sujet, ils sortent leur arme : procédure parlementaire accélérée. Bientôt l'article 49-3.

Les médias font des sujets. Ça ne passionne pas le public mais il reste un peu de place dans l'actualité. Il fait froid en hiver, on massacre dans une dictature, la reine d’Angleterre vieillit, les politiques se chamaillent, les cyclistes se dopent, les artistes se remettent des prix et les pilotes d'Air France font grève. La routine.
Qu'est-ce qu'on met dans le sujet? Vite c'est compliqué ce bazar: Allez hop, plein de chiffres ça fait documenté: taux d'annulation minoré côté direction, taux de gréviste gonflé côté syndicats, les conseils aux voyageurs, des commentaires sur la situation économique difficile. Et puis, il faut des images, des interviews : Un panneau d'affichage avec des vols annulés. Ensuite, la colère des clients, compréhensible. Un groupe qui manifeste là-bas et puis une file d'attente: ça c'est du scoop dans un aéroport. Et pour finir une petite déclaration syndicale: "Les acquis sociaux sont gravement attaqués ! "
On a fait le tour, le sujet est dans la boîte. J'ai fait ce qu'on attend de moi, ce que le public veut entendre. Tout le monde va comprendre car j'ai tout expliqué. Cet après-midi, je vais sur une fermeture d'usine, encore une délocalisation. J'ai déjà mon sujet bien dans la tête.
Plus tard si je plais au boss, j'analyserai les relations internationales ou mieux la politique française: Je tutoierai les politiques !
Si ça marche pas, j'aimerais interviewer un artiste célèbre, savoir ce qu'il pense du réalisateur et de la faim dans le monde. C'est quoi son nom de famille? Le fils de son père, je comprends. Quel talent!
C'est un peu caricatural? Peut-être ...

Je suis pilote. Et maintenant commandant de bord, je vieillis, comme la reine d'Angleterre.
J'aime mon boulot. Pas original, je sais. Je n'ai jamais vu un collègue arrêter ce métier pour un autre. Sauf nos cadres pilotes. Au début pour faire bouger les choses mais en face ça résiste. Ils restent car c’est pratique pour les vacances, les week-ends et le top : Le planning manuel. Et puis tu te fais des relations pour monter dans l'organigramme !
Mon bureau est toujours au soleil ou sous les étoiles, hôtels de luxe et hôtesses de l'air... Bon j’arrête là, je n'ai pas ma carte de journaliste.
Certains jours c'est la routine, le lendemain c'est l'aventure. Des anecdotes à placer dans les dîners. On voit du monde et du pays. Il y a des moments magiques. Beaux comme une photo d’Arthus Bertrand, en haute définition panoramique.
Il y a des nuits longues, des journées difficiles. Plein de petites décisions et de temps en temps une grande. Bonne ou mauvaise? Avec notre cerveau ou avec nos tripes.
On est deux devant. Et il y a souvent pas mal de monde derrière. En l’air on ne peut pas s’arrêter pour réfléchir, remettre à demain, demander conseil. L’avion finira par rejoindre la terre de toute façon, on essaie de garder le contrôle de la grosse machine et d'arriver où nos clients le désirent. Souvent c’est possible.
Un nombre impressionnant de lois, règlements, notes, consignes, procédures et check-lists à respecter. Et surtout des papiers à signer: Le juge pourra me charger si ça finit mal.
Pas de patron sur le dos. Dans l'avion c'est moi et je pense qu'il y a pire! Mon chef pilote, je le croise dans un couloir une fois par an, il connait ma tête, pas mon nom. Le grand patron, je n'en ai vu qu'un ... sur cinq. Un petit discours pour les nouveaux commandants. On a écouté debout une heure en uniforme, la casquette dépoussiérée pour l'occasion coincée sous le bras. Petite photo de groupe et ensuite on a trinqué ... au jus d'orange.
On n’aime pas trop traîner dans les bureaux, pourtant il y a pleins de trucs en bas. Restaurant d'entreprise, cafétéria, médiathèque et une boutique: des valises et des réveils pour les navigants, des stylos et des mugs pour ceux dans les bureaux. Mais tout est fermé quand on y passe, très tôt quand les longs courriers rentrent et les moyens courriers partent ou le soir tard quand c'est l'inverse. Les week-ends et à Noël aussi. Faut pas exagérer, il y a l’essentiel : plusieurs machines à café. Au moins c’est tranquille quand on y est. Dans la journée, il y a beaucoup de monde.
Heureusement dans l'avion, l'ambiance est plutôt bonne. La paye aussi. Mais comme au 13H de TF1, c'était quand même mieux avant...

Ah oui, la paye. Tout le monde aimerait savoir. Même ma mère et les cousins …
Il y a peu de salariés qui gagnent autant, mais pas mal d’autres professions. Comme un dentiste, un pharmacien. Moins qu'un notaire, qui transmettra à son fils son monopole attribué par l'état. Moins qu'un radiologue, qui finance ses gros investissements avec nos cotisations. Il va devoir vendre ses parts avant que les images ne partent en Inde. Moins qu'un concessionnaire gavé de primes d'état en vendant des voitures fabriquées à l'étranger… Ma voiture n’est pas allemande, je n’ai pas de Rolex ni même d’iPhone. Je pourrais. Mon luxe : une maison payée et de beaux voyages avec ma femme et mes enfants. Le Club Med à 5 en vacances scolaires, franchement j'peux pas, trop cher. Ça ne me manque pas. Je ne joue pas au golf mais au ping-pong, avec mes enfants. Quand il n’y a plus rien au frigo, on n’hésite pas pour le resto.
Mais d’où vient l’argent ? Des contributions sociales ou d’une mutuelle obligatoire ? Non. Pas non plus d’une marge rajoutée sur une vente. Mais des clients, beaucoup étrangers, qui ont choisi, aucune ligne n’est en monopole.

Ce boulot et le salaire, on le mérite. On a passé des sélections, il faut comprendre vite car la formation est très chère. D’ailleurs Merci la France, on a rien du payer. Pas besoin d’être fils à papa. Mes grands-pères étaient ouvriers, ma grand-mère faisait le ménage. Mes parents étaient profs, divorcés. De la maternelle à math’ sup j'ai étudié dans une ZUP. Maintenant on appelle ça une cité. A 23 ans j’ai commencé à cotiser en transportant des passagers. Il y a eu beaucoup de contrôles, tests, examens. Et ça continue tous les ans: simulateurs, vol et visite médicale. Chez nous, il n’y a pas de piston. Tu sors de l’école ou t’étais général dans l’armée, tu passes la sélection. Et le dernier arrivé fait le tour de l’avion.
J’ai eu le temps de faire un passage sous les drapeaux : Un an, 2eme classe dans l’armée de terre. Pas besoin de caricaturer. Il existait vraiment l'adjudant alcoolique qui essayait de nous attraper pour qu’on fasse son boulot. On apprenait à se planquer, à avoir l’air très occupé. Tout le monde n’y est pas passé mais certains ont bien gardé la mentalité.

Je vis dans un ghetto de privilégiés. Pas dans l'ouest parisien, trop cher, dans le nord, déjà en province. Mais je vois la réalité. Samedi, dimanche c'est la nounou qui gardait les enfants... Elle n'est jamais allée à la montagne. A 40 ans, elle n'a jamais pris l'avion. Une fois en 8 ans elle a été absente, clouée au lit. Les autres fois, elle arrive toujours en avance. Aujourd’hui lundi, la femme de ménage est à la maison. Arrivée en France il y a 38 ans, ses enfants ont fait des études. Maintenant ils sont fonctionnaires. Mais où elle habite, elle ne peut pas tout dire à ses voisines. Car il y en a un qui est policier et son mari ne fait plus ramadan. L'été pour aller voir sa famille, elle prend l'avion d'Air France. Elle trouve que c'est plus cher mais qu'elle est mieux traitée. Là-bas, ils ont construit une maison mais elle ne veut plus s'y installer, ses petits enfants grandissent ici. J'espère un jour avoir l'un d'eux avec moi au cockpit. Elle me fait penser à ma grand-mère.

Petit passage patriotique et sur les thèmes de l’élection :

Air France, c’est 60 000 salariés. Ajoutez les filiales françaises, les sous-traitants, les fournisseurs. Et les fonctionnaires qui administrent, les emplois induits par tant de salaires qui tombent à la fin du mois. Beaucoup d’emplois sont liés à notre activité.
L'emploi c'est un tiers des dépenses pour faire voler nos avions. Mais ça génère beaucoup de ressources pour la sécu, les retraites, et le budget de l’état, ADP. Bref pour la France.
Un autre tiers part en pétrole. Il est de plus en plus cher et on ne peut plus augmenter les surcharges, sinon on ne vend plus les billets. L’argent part directement dans les pays producteurs. Les coûts de production n’ont pas changé, la différence c’est des profits. Et avec, ils achètent des tas d’avions pour nous bouffer tout cru. L’argent revient un peu chez nous, vers Toulouse, dans une autre poche.
Avec le reste, il faut acheter ou louer des avions, payer les autres charges, taxes, rémunérer les actionnaires et investir.

En face c’est rude! Il n'y a pas beaucoup d’enfants de chœur. Lufthansa, British, JAL, Cathay ou American Airlines, on avait l’habitude. On y arrivait. Notre activité, il y a longtemps qu’elle est mondialisée.
Maintenant, il y a plein de TGV, subventionnés. Easyjet, boîte jeune, structure très allégée. Ryanair, qui ne joue pas avec les mêmes règles. Et Emirates, bulldozer qui a du cash et très peu de charges. De nouveaux arriveront encore, toujours moins chers.

Nos recettes viennent pour moitié de l’étranger. Un passager sur deux est en transit à CDG, il peut passer par autre part, en Europe ou dans le golfe. Quand on fait travailler des salariés français pour faire voyager quelqu'un de Düsseldorf à Douala, de Venise à New-York ou de Porto à Moscou. C'est du made in France et des exportations.
On produit en France et on exporte !
Même les Allemands ou les Chinois sont nos clients. La balance commerciale, je pense qu’on la fait pencher du bon côté.
De plus en plus de Français voyagent sur des compagnies moins chères, ou offrant plus pour le même prix. Même mes parents pour leurs vacances. Ils voteront toujours à gauche pour qu’on partage plus. Mais quand ils ont le choix, ils ne cotisent pas. On est toujours plus généreux avec l'argent des autres.

Notre activité est en grande partie délocalisable.
Si Air France coule, il y aura toujours des vols vers la France. Mais les recettes iront à l’étranger. Les emplois restants, moins attrayants: manutentionnaires, agents d’accueil et quelques fonctionnaires. Fini les privilégiés : Pilote, hôtesse et cadre marketing. Ils toucheront des indemnités chômage, puis la retraite pour les anciens. Les plus jeunes partiront sous de meilleurs cieux.
J’ai 42 ans, plus 11 000 h de vol sur Airbus court, moyen et long-courrier. Un perfectionnement d’anglais, un CV et je trouverai un bon job, toujours bien payé. Mais pas en France, bien plus à l'est. Il y a du boulot, regardez les ventes d'avions. C'est plus long de former un pilote que de construire un avion.
Je serai triste bien sûr, je perdrai quelques facilités et toutes mes cotisations passées. Mais là-bas l'horizon est dégagé. Pour mes enfants ça serait peut-être mieux. En classe, ils se font plutôt remarquer en bien. Plus tard, ils seront montrés du doigt ? Jalousés ?
Je perdrai aussi sur ma maison. Autour de Roissy et d'Orly, l'immobilier sera touché, comme beaucoup d'autres activités.

Qui seront les vrais perdants? La France, son budget. Mais surtout les salariés, ils ne peuvent pas tous s’expatrier.
Tous ces emplois évaporés, beaucoup de monde sur le carreau, ça augmentera les charges. Les recettes sociales et fiscales auront disparu, encore un trou dans les comptes.
Vous trouvez que mon raisonnement est égoïste? Quand je touche 100 net, Air France rajoute 80 pour la communauté. Il me reste quoi après impôts, taxes, TVA etc ? Je n’en sais rien, sûrement moins de 70. Ça fait quand même plus de 110 dans le pot commun. Et si on ajoute les taxes que paie le passager....Mélenchon va vouloir m'augmenter!
Je n'ai pas demandé à bénéficier du bouclier fiscal. Le calcul est sûrement différent.
C'est quand même vrai, je suis souvent, comme beaucoup, égoïste. Je pense d'abord à mes enfants.
Nos parents "montaient à la ville" quand ils réussissaient. Notre génération s'est installée à Paris, Toulouse, Lyon ou Bordeaux. Ou iront nos enfants? A l'étranger.
Qui restera dans notre pays? Des fonctionnaires, les professions de santé, des chômeurs et des retraités. Qui va financer? Des vendeurs d'armes, le nucléaire: il va falloir adapter la politique étrangère. Et des artistes, des journalistes pour nous éclairer...

Alors, chers politiques, nous y voilà. C’est un peu le thème en ce moment vous ne trouvez pas? Quelles sont vos solutions ? Vous attendez toujours le dernier moment ou on s'y met maintenant?
La dernière fois qu’on vous a entendus, c’était pour faire pression sur Air France et acheter des Airbus, le chouchou européen des dirigeants. C’est dur pour eux ? Combien de concurrents ? Avec quelles règles du jeu ? Gardez votre énergie pour dans 10 ans, quand les Chinois ou les Brésiliens nous vendrons des avions.
Vous nous avez imposé un déplafonnement de l’âge légal de départ. Personne n'en voulait, ni la direction ni les pilotes. 5 ans d'un coup juste pour fêter la crise! Les anciens restent, les jeunes attendent. Sureffectif : Baisses des salaires individuels et hausse du cout collectif !
Et combien de préavis pour que vous validiez la réforme de notre caisse de retraite? Vous l'aviez réclamée. Les PN l'ont négociée et signée avec nos patrons. Hausse des cotisations et augmentation des annuités. On est vraiment révolutionnaire ! Juste pour préserver nos retraites, non garanties par l’état.
 Et juste avant, vous aviez ouvert en grand les portes aux compagnies du golfe. Contre des commandes ? Rafale, Nucléaire, Total ou Airbus encore? Une rétro-commission pour le dessert ?

On ne demande pas d'argent. Mais arrêtez de nous mettre des bâtons dans les roues. Et pourquoi pas un petit coup de pouce? Où est l’intérêt du pays?

L’état est encore pourtant un peu actionnaire. Vous en profitez pour placer un ami, directement n°1! En échange, pas trop de brouhaha avant les élections. Quitte à perdre encore des millions d’ici là… Que disent les autres actionnaires et les Hollandais ?

Le nouveau patron vient de déchirer tous les contrats de travail, une mesure technique pour pouvoir négocier, d’après lui. Il est encore jeune, il a des appuis, il n’est que de passage. Les pilotes sur un tableau de chasse, c’est classe! En plus après, c’est plus facile pour les autres catégories. Plus de problème d’affichage.

Quelle est sa vision des économies? Tout le monde doit donner autant, c’est politiquement correct.
Chercher les vrais problèmes, les faiblesses, ça prend du temps, c’est compliqué. Et quand on aura trouvé, qu’est-ce qu’on fait ? Licenciements ? Le mot est dur à prononcer?
Tout le monde doit faire des efforts, se regarder dans un miroir, un petit régime pour les bourrelets accumulés avec le temps. Mais comparez tout ! Pas que l’exploitation ! Cherchez un peu dans la structure, en horaires de bureau. Il est aussi un peu gras notre mammouth.
Ce ne sont pas les pilotes contre les autres ou le PN contre le PS. Ils bossent dur autour de l'avion et au contact des passagers. A vérifier quand même dans nos escales méridionales...
Nos avons besoin de gens doués et bien payés dans les bureaux aussi. Les gens du marketing et des bons commerciaux. Le produit doit être attirant et bien vendu. C'est bien sûr une des clés. Mais imaginez la tête du client qui vient de voir la pub. Il a payé cher son billet Air France pour payer tous les salariés plus 80% de charges qui financent le système social français. Il voyage de Malaga à Dublin sur Air Europa et CityJet en supportant les défaillances d'ADP.
Air France est une compagnie aérienne, pas une administration. Il faut faire voler des avions. Nos clients paient pour ça.

Madame et messieurs les 17 directeurs, bien cloisonnés. Faites votre boulot ! Le hub coûte cher en laissant les avions par terre ? Fusionner Air France, Régional et Britair pour faire des économies d'échelle? Je n'en sais rien, ce n'est pas ma responsabilité. Pas facile ? Dans les difficultés on peut juger un patron ! Trouvez les solutions et vous serez fiers de mériter vos salaires.
Avez-vous déjà vu de l'admiration ou de la reconnaissance dans les yeux de vos employés ? Nous, on a ceux des enfants qui embarquent et des parents qui débarquent.
 Et peut-être qu'un jour pour votre retraite, les salariés vous tireront leurs chapeaux !

Allez-y ! Et dans 3 ans, on embauche, on ouvre des lignes et on achète des avions!

Ou vous restez avec vos certitudes. Chaque service, bien séparé par l'organigramme défend ses budgets et on ferme des lignes pour compenser. On sous-traite un peu plus les vols, les opérationnels et tout le monde serre un cran de ceinture. Et on recommence dans 5 ans puis dans 10 ans. Pendant combien de temps? Combien sera-t-on dans 20 ans? Qui paiera nos retraites de navigants ?

Je n'ai pas parlé des erreurs de stratégie du passé, des retraites chapeaux et des augmentations des dirigeants. La critique est trop facile. Mais ils sont toujours là, à souffler les solutions aux oreilles du nouveau.

Je pense que c’est pour ça que la grève a été bien suivie. Mon cœur me pousse à aller voler mais ma raison me retient. On a tous notre balance interne, le cœur ou la raison l'emporte. La France est un pays latin. On peut le regretter mais ça marche toujours comme ça, il faut montrer les dents pour être respecté.
Tant qu'il n'y a pas du sang et des larmes, les caméras ne viennent pas et les politiques font campagne ailleurs en pensant à leur beurre.

Le syndicat fait son métier, il défend ses adhérents. Il y a différentes sensibilités, ça discute beaucoup. Et ensuite, on vote. Alternances, hésitations. Certains le trouvent même trop mou! Vous avez vu quelqu'un qui nous soutient ? Un seul politique, un seul journaliste? On n’a que notre solidarité.
Regardez la gestion du CE des navigants. Des subventions pour les salariés et de l'argent versé au CCE par solidarité. De l'autre côté, les poches sont vides. Les élus des grandes centrales ont tout dépensé. PS, c'était votre argent! Vous n'avez rien vu mais vous avez voté. Des conseils pour créer un SNPS ?

Les dirigeants passent, jouent au poker, payent pour voir et communiquent. Le dialogue social à la française... Ils ont fait l’ENA et nous l’ENAC, moins prestigieux mais très sélectif. On n’aime pas être pris pour des poires. On a la tête un peu dure mais de là-haut on a du recul et en descendant de l’avion on a les pieds bien sur terre.

Voilà, c’est ma vision, partiale, imparfaite, vue du cockpit.

Et du cockpit, quand on est là-haut, la France est toute petite.

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En quelques jours, 9000 pages vues, 4000 hier. J’aurais dû mettre de la pub!
Pour vous remercier de vos soutiens: 

Une histoire vraie, pour illustrer.


Après une nuit en l'air, arrivée sur le pire terrain africain de l'époque. Une percée sur un VOR (Axe radio qui nous guide vers la piste) On sait qu'il est mal réglé, bien décalé mais ce n’est pas écrit, on ne veut pas se mouiller dans les bureaux.
Pas de GPS dans mon avion. 5 ans plus tôt, il y en avait dans les ATR (avion français à hélices) de la TAT (compagnie française disparue) qui volaient au Cambodge. Je bossais chez les voisins vietnamiens qui cherchaient déjà des pilotes. Air France au service de l’état, Un contrat pour Airbus !
Mais c'est la fin de nuit, gros brouillard. Les horaires sont choisis par les commerciaux. Quand les roues sont à 80m du sol, il faut voir quelque chose, alors on est parti ailleurs. Pas le temps de flâner : 10 min de carburant en rab.
Car au départ, on était plein à craquer, les billets les plus chers de l’époque. Les clients internationaux du pétrole. Avec du matos en soute pour les plateformes pétrolières du golfe de Guinée. On arrive à la masse maxi, limitée administrativement pour payer moins de taxes. Pas possible de remplir plus les réservoirs, tant pis pour la sécurité.
Il n’y avait que nous pour aller dans ce petit coin de paradis. Notre Programme sur place: Escorte par des hommes armés jusqu’à un hôtel miteux derrière un mur et des barbelés. Là-bas, Les PS prêtaient des draps propres aux PN ! Repos mini et retour la nuit suivante.

Bref, On va voir ailleurs si c’est mieux. Et on admire un paysage sublime. Un volcan de 4000m qui sort de la brume au lever du soleil. On est tranquille, hors de portée radio. Un moteur s’arrête sans explication. Il n’en reste qu’un, on a l’habitude du simulateur mais ça fait quand même une autre impression. Le CDB me laisse les commandes pour l’atterrissage.
Au sol, impossible de prévenir Paris. Pas de portable, ni de téléphone satellite dans l’avion à l’époque, Stockholm ne répond pas en radio HF, la compagnie locale n’a pas l’international. Six heures passées à s’occuper des passagers, essayer de réparer. Je suis même allé en soute pour donner à boire à un chien. Retour à la maison avec 36h de retard. Après être passé déposer les passagers bloqués avec nous, et prendre ceux qui attendaient. Chance, ce jour-là, pas de vaches sur la piste…

Au retour, pas un petit mot de mon encadrement. Salaire en baisse, avec le retard, je n’ai pas pu assurer le vol suivant. Je viens de calculer. J’avais gagné 670 € net, primes de vol, majoration de nuit et salaire fixe compris, pour ce vol de 7H30 de nuit. Temps de travail : 15h30. On n’est pas payé quand l’avion est au parking.

6 mois plus tôt, les pilotes avaient bloqué la compagnie pendant 8 jours pendant la coupe du monde 98. Le patron faisait du chantage. Avec nos rémunérations, il ne pouvait pas acheter d’avions. Il voulait une baisse de 15%. Et une nouvelle échelle de salaire pour les futurs pilotes. On a tous fait un effort et les jeunes ont gardé nos conditions. Depuis Air France a acheté beaucoup d’avions et embauché 2500 pilotes.

Contexte de la fin des années 90. Les grands groupes pompent les richesses du tiers-monde, arrosent les élus français. Ceux-ci soutiennent les dictateurs démocrates africains amis qui achètent nos armes, nos avions, et tout le reste .On les maintient au pouvoir avec nos militaires. Ces derniers sont payés avec des emprunts, on vivait déjà à crédit. Les journalistes eux, commentent la cohabitation. Florent Pagny avait reçu une récompense de ses pairs. Il chantait « Savoir aimer ». Je m’en souviens bien, je venais de devenir père. Il venait de partir s’installer à l’étranger avant de chanter sa révolte ... contre le fisc.

Merci de m'avoir lu jusqu'au bout. Si ça vous plait, faites suivre.